jeudi 31 décembre 2009

Un monde sans…

Pour renouer avec les vœux au père noël, je me lance dans un souhait qui me tiens à cœur. Pour 2010, je voudrais un monde sans grandes surfaces de distribution de denrées périssables ou pas. un monde sans Carrefour, sans Darty, sans Ikéa, sans Fnac, sans tout ces grands entrepôts blancs aux couleurs de la marque qui défigurent généralement la périphérie de nos villes.

Quelle idée saugrenue d’avoir pensé déplacer des foules de consommateurs vers les rocades et vers les zones commerciales loin des centres villes. En faisant cela, nous avons vu nos boutiques préférées fermer les unes après les autres et nous avons vu se développer des pratiques commerciales totalement industrialisées.

Les grandes surfaces sont la cause de :

-       la paupérisation du travail non qualifié. Avant nous avions des vendeurs spécialistes de leurs produits, des gens autant passionnés par ceux-ci que par l’acte de vente. Aujourd’hui, nous avons des manutentionnaires chargés de remplir les rayonnages de camemberts et de papiers toilettes aux horaires flexibles et aux salaires faussement conventionnés. Les plus chanceux ont une pointeuse. On les appelle les nouveaux prolétaires dont la caissière est l’emblème de la misère socio-professionnelle.

-       La déshumanisation des relations acheteurs-vendeurs. Avant on entrait dans un magasin, un vendeur nous disait bonjour, l’ambiance était feutrée et le produit made in Europe toujours de bonne qualité. On payait le prix mais on en avait pour son argent. Aujourd’hui, on se gare sur un parking parfois gigantesque en surface comme en profondeur avec des places de stationnement alignées comme de bons soldats. On prend un chariot à roulettes à l’aide d’une pièce de monnaie qui remplace le caddie d’en temps. On traverse anonymement des rayons longs comme des terrains de foot. Et on finit par le passage rituel en caisse. On appelle ça de l’industrialisation des modes de consommation et de l’acte d’achat. Du fordisme appliqué à la consommation. A ce titre, nous les clients-consommateurs, nous sommes prolétarisés dans notre fonction d’achat, les nouveaux prolétaires de la consommation.

-       La réduction des effectifs salariés. En flexibilisant les conditions de travail des manutentionnaires de la grande distribution, en collectivisant les produits de consommation en un même lieu et en influant par le système des centrales d’achats sur les producteurs, la grande distribution a favorisé la destruction d’emplois directs ou indirects.

-       La baisse de la qualité des produits de consommation. La généralisation des grandes surfaces a favorisé la réduction des coûts de production, ce qui a dépaysé dans un premier temps les productions et favorisé ensuite la délocalisation de chaines de productions. Tout cela dans un même mouvement vers l’usine du monde : la Chine. La qualité des produits chinois n’étant plus à faire.

-       A influé sur les politiques commerciales et concurrentielles de la Commission européenne. Les pratiques de libéralisation et de circulation des marchandises dans l’UE a favorisé les points précédents dans un système qui se mord la queue : Toujours moins cher, toujours plus de croissance dans un monde dont les ressources sont épuisables.

Les grandes surfaces ont fait de nous des androïdes consommateurs. Des sortes de machines sans âmes dont la fonction première et d’acheter toujours plus ce que nous produisons toujours plus. La religion de tout ceci a un nom : le marketing. Cette religion consiste à rendre des choses inutiles,  indispensables à nos yeux-caméras HD 3D. Il est vrai que la cupidité et la vénalité qui nous habite a grandement facilité l’implantation de cette nouvelle religion.

Le monde de Matrix regorge d’un fond de vérité. Celui de la déshumanisation des relations sociales et avec elle notre propre déshumanisation. Nous ne sommes plus vraiment ce que nous croyons être : des individus doués d’une large autodétermination. Si cela était le cas, il y bien longtemps que la fonction de politicien aurait disparu de notre paysage et avec eux le capitalisme financier qui s’alimente d’industrialisation des relations humaines. Plus nous consommons, moins nous pensons. Quand on veut supprimer les cours d’histoire dans les classes de Terminale, cela ressort d’un objectif similaire : crétiniser la société.  

Alors pour 2010, j’aimerai que tout ça disparaisse.

Huig de Groot  

Posté par Huig de Groot à 10:45 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
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Commentaires sur Un monde sans…

    On ne peut tout remettre en cause

    Mon cher Huig,

    Oui la grande distribution est condamnable à bien des égards, marges arrières, emploi précaire... cependant il en va ainsi du progrès. Il est facile pour nous de faire nos courses dans un même et unique endroit. Les petites boutiques qui devaient disaparaître ont disparu et celles qui proposent un vrai service ou des produits vraiment différents ont survécu. N'oublie pas non plus que grâce à la grande distribution la population générale a pu accéder à des équipêments dernier cris rendu abordables, aux bijoux, ou à du foie gras (période de fêtes oblige). Quant à l'emploi la grande distribution offre aussi une porte de sortie honorable à tous ceux qui ont râté le train des études et remplace les travaux agricoles ou d'usine, fatigants et fastidieux. Dans nos souvenirs c'est toujours mieux avant. Bonne année quand même!

    El loco de los techos

    Posté par elocodelostechos, jeudi 31 décembre 2009 à 15:44 | | Répondre
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